En 1995, les cinq majors de l'industrie musicale se partagent 73% du marché mondial de la musique estimé à près de 40 milliards de dollars. La même année en France, le chiffre était de 92% (les autres 8% représentent les indépendants) pour un marché estimé à près de 2,4 milliards de dollars.
Chiffres d’affaires des six majors en France en 1995 (en milliers de francs)
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Sociétés |
Chiffres d’affaires (milliers de FF) |
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BMG (Allemagne) |
620 735 |
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EMI (Royaume-Uni) |
1 226 044 |
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Polygram (Pays-bas) |
2 141 451 |
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Sony Music (Japon) |
1 155 418 |
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Warner Music (Etats-Unis) |
592 196 |
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Virgin (Royaume-Uni) |
428 280 |
Chiffres d’affaires de trois entreprises indépendantes de taille moyenne en France en 1995 (en milliers de francs)
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Sociétés |
Chiffres d’affaires (milliers de FF) |
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AB Productions |
229 340 |
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58 868 |
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Francis Dreyfus Music |
64 587 |
Une major est une multinationale qui intègre toutes les activités de la filière du disque, essentiellement la production, l’édition, la fabrication et la distribution, et cela à travers le monde. A cette forte intégration verticale s’en ajoute une horizontale, puisque les majors regroupent plusieurs labels ou entité de production. A l’inverse, les producteurs indépendants pénètrent occasionnellement les marchés étrangers et concentrent donc l’essentiel de leur activité en France. Les producteurs indépendants travaillent de plus sur un secteur musical précis. Leur force vient de leur insertion dans ce milieu spécialisé et de leur bonne connaissance du terrain. Les indépendants découvrent et les majors développent. Les premiers ont la souplesse de structure, les seconds les moyens financiers suffisants (pour développer un produit à l’international, pour supporter des échecs…).
Les labels indépendants sont en position de faiblesse en ce qui concerne la phase commerciale et cela à deux niveaux :
- la difficulté de la promotion: les labels indépendants ont de plus en plus de mal à travailler avec les médias qui ont une orientation beaucoup plus « grand public » qu’auparavant. Les magazines tel que Rock’n’Folk ont très souvent orienté leur stratégie vers des valeurs sûres De plus, sur la bande FM, la disparition des décrochages régionaux sur les réseaux thématiques interdit à des groupes de profiter d’un impact local. La concurrence entre les radios de plus en plus nombreuses, qui sont poussées à prendre de moins en moins de risque a pour effet de rendre la programmation des radios jeunes assez uniforme. Enfin la loi du 1er février 1994 qui impose aux radios de diffuser 4O% de chanson française dont 20% de nouveauté est ambiguë car le terme nouveau talent se réfère à celui qui n’a pas encore deux disques d’or. Toutefois, cette loi a permis de créer un cercle vertueux concernant la production locale et les ventes. En ce qui concerne la télévision, la production de clip étant très coûteuse, elle ne concerne que les artistes ayant un potentiel international. Autre handicap, le financement des campagnes publicitaires qui met les indépendants dans une situation préoccupante. Manque de moyen financier, difficulté pour faire connaître les jeunes talents qui sont leurs créneaux, les labels indépendants sont dans une situation défavorable qui se retrouve au niveau de la distribution.
- la problématique de la distribution : elle est un enjeu primordial pour la production puisqu'elle constitue un « goulets d'étranglement de la filière phonographique ».
Décrivons d’abord le marché français de la distribution qui est divisé entre les spécialistes et les généralistes (pour lesquels le disque ne représente qu’ une faible part du chiffre d’affaire).
Les spécialistes comptent aujourd’hui pour 48% des ventes de disque en France. Ce chiffre masque des grandes disparités et cache la grande difficulté actuelle des disquaires indépendants. En effet, alors qu’en 1972 ces derniers représentaient 35% des ventes, ils sont passés en 1993 en dessous du seuil des 10%. Les disquaires traditionnels sont donc au plus mal ce qui a des conséquences profondes sur la vitalité du marché français. A l’inverse des disquaires traditionnels, les chaînes de disquaires ont globalement connu une progression constante depuis 1972. Elles sont en effet passé de 5,3% (1972) a plus de 35% aujourd’hui. On distingue parmi elles les chaînes spécialisées et les multi-spécialistes. Ces dernières sont des vrais poids lourds de la distribution du disque (elles représentent plus de 30% du marché). Les multi-spécialistes proposent un très large éventail de titres et de genre musicaux, ils développent également des activités connexes comme la billetterie. Parmi eux la Fnac est la plus forte enseigne française de disque, qui emportait 24% de parts de marché avec 50 magasins en 1995.
Les généralistes : la taille et la facilité de manipulation du CD ont incité la grande distribution (comme Monoprix ou Carrefour) à se lancer dans le développement de rayons de disques. Aujourd’hui elle réalise, en volume, plus de 50% des ventes de supports. Pourtant, le disque ne représente que 1% de leur chiffre d’affaire. Le CD est donc considéré avant tout comme un produit d’appel. Leur marge sur ces produits est extrêmement réduite, les disquaires peuvent alors d’autant moins lutter que les grandes surfaces obtiennent des conditions d’achat extrêmement avantageuses par le biais des centrales d’achat. Les généralistes vendent en moyenne les CD 30% moins cher que les spécialistes. Les produits des indépendants sont trop pointus pour les hypermarchés qui ne représentent que 5% de leurs ventes. Les grandes surfaces sélectionnent leurs disques en fonction de critère de succès médiatique. Or les médias veulent de moins en moins prendre de risques et les détaillants non plus, qui se réfèrent au choix des médias. L’impact des indépendants dans ce cadre est quasiment nul. Cependant il y a une exception de la politique de grande distribution le « produit culturel » de Leclerc. Le groupe propose un choix de référence beaucoup plus vaste (jusqu’à 30 000) et fait largement appel aux productions des indépendants. Il n’en reste pas moins que les indépendants restent globalement dans une situation très précaire.