Les industriels de la musique ont d’ores et déjà à leur disposition un panel de nouvelles possibilités offertes par les nouvelles technologies de diffusion numérique. Certaines sont spécifiques à la musique, d’autres concernent plus globalement les entreprises.
L’analyse du développement des produits édités montre que le marché des produits multimédias sur support enregistré devrait se développer en parallèle du marché audio, par le biais de société spécialisées, ou de départements multimédias au sein des majors. Cette évolution ne changera certainement pas le mode de fonctionnement de l’industrie du disque, ou plus exactement sa production. Sans doute verra-t-on la création d’un nombre croissant de Cd-Rom musicaux, peut-être même au sein des labels indépendants, mais la sortie d’un Cd-Rom de Johnny Hallyday ne remplacera pas avant très longtemps la sortie de l’œuvre purement musicale du même artiste. Pour les majors, les produits multimédias édités représentent un nouveau marché potentiel ; pour les indépendants du disque, ils forment pour l’instant éventuellement un moyen de promotion ponctuel. Au niveau global, cela forme cependant un nouveau débouché sur le travail spécifique de l’éditeur : la plupart des Cd-Rom sont en effet appelés à comporter une partie musicale et, à ce titre, ils forment un apport supplémentaire pour l’industrie musicale, en termes de sources de droits mais aussi comme support promotionnel à la vente de support audio.
Les multiprogrammes à caractère musical diffusés par câble ou satellite sont appelés à se multiplier dans des proportions importantes : cela représente une manne pour les producteurs ou les éditeurs. Avec des coûts de production devenus prohibitifs, le secteur musical cherche toujours davantage de possibilités de diffusion pour ses œuvres : il devrait donc rapidement se saisir de celles-ci. La question est alors de savoir si ces débouchés s’adresseront à un type d’œuvres qui connaît déjà une large exposition aujourd’hui ou bien si, au contraire, ils favoriseront la diversité musicale. Parallèlement, le développement des autoroutes de l’information devrait être une source extraordinaire de transmission des œuvres musicales, d’autant plus que ce type de diffusion ne dépend pas du bon vouloir des câblo-opérateurs. On devrait donc assister à une plus grande diversité culturelle. D’une part, on pourra trouver des serveurs très importants, du type média ou magasin de disques proposant un certain nombre de titres. Mais toutes les expressions musicales y trouveront-elles leur place ? La nouveauté est que chaque petite société pourra avoir accès au réseau en créant son propre serveur où elle pourra diffuser les œuvres et les informations qu’elle désire. Pour accompagner la sortie d’un album, ou pour faire connaître son catalogue, un label pourra par exemple proposer à titre promotionnel une chanson en écoute, voire même l’album complet. On pourra également à plus long terme diffuser des clips dans des conditions satisfaisantes.
Aujourd’hui, les sites de maisons de disques comme de radios FM sont déjà nombreux sur le Net et diverses solutions logicielles sont proposées pour optimiser les questions de transfert du son. La radio en ligne ne génère pas de droits d’auteur pour l’instant. Il est intéressant de constater les différences de conception d’un site Web entre les radios : diffusion en continu du programme FM pour certaines (Skyrock) ou juke-box en ligne pour la majorité. Dans ce dernier cas, la limite avec la distribution est très étroite.
Finalement, on peut remarquer que ces réseaux ont l’avantage de toucher le monde entier, ce qui représente une chance pour les indépendants du disque. Mais devant la multiplication actuelle du nombre de serveurs sur Internet, il devient de plus en plus difficile pour un utilisateur de s’y retrouver : c’est donc la question de la mise en valeur de chaque serveur qui est alors posée.
Les autoroutes de l’information sont avant tout un moyen de communication professionnelle. De nombreuses applications, qui pourraient modifier considérablement nos méthodes de travail, sont déjà possibles techniquement et surtout pratiquement. Un certain nombre d’entre elles s’accompagnent de mutations profondes dans le fonctionnement des entreprises, dans le secteur de la musique en particulier.
Les améliorations les plus spectaculaires ont évidemment à attendre au niveau du travail à l’international, un secteur où l’industrie du disque française reste peu performante. Il sera ainsi beaucoup plus facile et rapide pour une maison de disques de toucher des distributeurs ou des labels de n’importe quel pays. De même pour les relations entre distributeurs et détaillants. En fait, ce sont les relations entre tous les intervenants de la filière musicale qui vont être modifiées. Du producteur au consommateur, en passant par le distributeur et par le détaillant, l’information circule de manière plus fluide et moins hiérarchisée.
L’utilisation des réseaux s’accompagne aussi de la multiplication des possibilités de collaboration entre les personnes de plus en plus nombreuses, aux niveaux internes et externes à l’entreprise, du développement de groupes travaillant sur des missions bien précises, chacun pouvant se situer à un bout de la planète. Cette facilité dans l’organisation et la coordination des ressources a des avantages évidents, notamment pour les majors en quête constante de synergies entre leurs diverses activités.
Enfin, les autoroutes de l’information forment une porte ouverte à la vente par correspondance (VPC). En effet, un serveur réunit toutes les possibilités offertes au vépéciste traditionnel, cumulées à des avantages permettant un confort très supérieur (interactivité, possibilité d’écoute, etc.). Des magasins virtuels de vente de CD se sont ainsi multipliés sur Internet : Cd Now, Tower Records, MusicNet, Music Boulevard, World Wide Music, etc. Lorsque le principe du téléchargement sera applicable à grande échelle, il est sans doute de préciser que les méthodes de travail de l’industrie du disque s’en trouveront encore modifiées. On verra alors se généraliser la vente d’œuvres musicales directement sur le réseau.
Toujours prompts à s’adapter, les indépendants semblent avoir de bonnes raisons d’espérer pour leur avenir. En effet, deux nouvelles voies se dégagent dans leurs stratégies : l’export et la VPC. On imagine facilement le rôle primordial des nouvelles technologies dans ces deux perspectives. L’export et la VPC sont typiquement des activités qui doivent tirer un plein parti des possibilités de la communication en réseau. En effet, par exemple, le plus gros du travail à l’export pour un indépendant est d’ouvrir des comptes, donc de démarcher des partenaires professionnels étrangers : les réseaux électroniques permettent la transmission rapide de toutes les informations nécessaires. De plus, un site Web est une vitrine permanente du label, vers lequel les professionnels peuvent se diriger d’eux-mêmes. Par ailleurs, un des avantages de la VPC est de mieux connaître ses clients et Internet est bien armé pour ce genre d’objectifs et il permet en plus d’adapter très facilement la gamme des produits proposés au client selon son profil.